Ágora 2.0

Blog del alumnado de Filosofia de la Universidad de Zaragoza

Hagakuré.

Posted by forseti4y9 en 4 diciembre 2010

PATRICIA: Tu connais William Faulkner?
MICHEL: Non, qui est-ce? Tu as couché avec lui?
PATRICIA: Mais non, mon coco.
MICHEL: Alors, je me fous de lui. Enlève ton jersey.
PATRICIA: C’est un romancier que j’aime bien, tu as lu ‘les Palmiers Sauvages’?
MICHEL: Je te dis que non, enlève ton chandail.
PATRICIA: Écoute. La dernière phrase, c’est très beau. “Between grief and nothing, I will take grief” (Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin). Et toi, tu choisirais quoi?
MICHEL: Montre tes doigts de pieds. C’est très important les doigts de pieds chez une femme, rigole pas.
PATRICIA: Tu choisirais quoi?
MICHEL: Le chagrin, c’est idiot. Je choisis le néant. C’est pas mieux mais le chagrin c’est un compromis. Il faut tout ou rien. Depuis maintenant, je le sais. Ça y est. Pourquoi tu fermes les yeux?
PATRICIA: J’essaie de fermer mes yeux très fort pour que tout devienne noir, mais je n’arrive pas. C’est jamais complètement noir.
MICHEL: ton sourire, quand on le voit de profil, c’est ce que tu as de mieux. Ça, c’est toi.”

À bout de soufflé. Jean-Luc Godard


Le Bushido est[1] le code d´honneur auquel devaient se conformer les membres de la caste guerrière (ou samouraï) au Japon ; fondée sur de très anciens principes de chevalerie, le bushido ne fut codifié qu’aux XVII et XVIII siècles et s’élargit en une éthique patriotique que les dirigeants nippons, jusqu’à 1945, s’efforcèrent de faire pénétrer dans le peuple tout entier.

 

Pour le dire autrement, c’est[2] la « voie du guerrier », l’ensemble des talents physiques et des vertus morales du samurai, codifiés surtout à partir du XVII siècle.

 

Et plus concrètement[3], c’est l’ensemble de lois régissant le comportement des bushi, fondées sur la fidélité (chû) due par un vassal à son seigneur en échange d’un fief ou d’une allocation. Le bushi devait à son supérieur une totale allégeance. De plus, il devait posséder de sérieuses qualités morales, telles que le courage, l’abnégation totales de soi, la piété filiale, la générosité, la courtoisie, l’esprit chevaleresque, la frugalité et le désintéressement.

 

Le Bushi est l’homme d’armes, terme appliqué depuis 721 à tous ceux qui faisaient profession de guerrier, et qui remplaça couramment à partir de la fin du XI siècle ceux de monono-fu, de tsuwamono et de musha, sana parler de celui de saburai qui devait donner par la suite le mot samurai.

 

L’éthique guerrière, voulant que le guerrier acquît la gloire en mourant pour son seigneur et méprisant la mort, fut ensuite codifiée dans le Hagakuré, un ouvrage écrit par un bushi au début du XVIII siècle. Les préceptes du Hagakuré continuèrent d’influencer la mentalité japonaise jusqu’en 1945. Après la guerre, il ne fut plus observé (partiellement) que par les adeptes des arts martiaux (budô), et les tentatives pour le faire revivre –telle celle de l’écrivain Yukio Mishima- échouèrent.

 

Le Hagakuré (« a l’ombre des feuilles ») est le titre abrégé de Hagakure Kikigaki (Notes entendues à l’ombre des feuilles), un ouvrage didactique destiné aux samurais, comportant environ 1.300 histoires et essais. Il aurait été composé en 1716 par Jocho Yamamoto Tsunemoto (1659-1719), qui l’aurait dicté à un autre, Tashiro Tsuramoto (1687-1748), alors qu’après la mort de son seigneur Nabeshima Mitsushige (1632-1700).

 

À titre anecdotique, je peux dire que quand je suis été en train de lire le Hagakuré j’ai exprimé une ressemblance entre celui-ci et le « Oráculo manual y arte de la prudencia » (1647) de Baltasar Gracián, né près de Saragosse, écrivain et philosophe jésuite espagnol, en ce qui concerne l’aspect didactique des aphorismes pour guider le comportement morale.

 

Revenons à présent à la question : une image convenable pour un samouraï est celle de la fleur du cerisier, prêt à mourir au premier souffle de la brise matinale, c’est-à-dire en pleine jeunesse et sans regret[4].

 

C’est-à-dire, l’absolue loyauté vis-à-vis de la mort doit être mise en œuvre tous les jours. On doit aborder chaque aube en méditant tranquillement, en pensant à sa dernière heure et en imaginant les différentes manières de mourir[5].

 

Peut-être ce qui est le plus connu du Hagakuré est ceci : « J’ai découvert que la voie du Samouraï réside dans la mort. Lors d’une crise, quand il existe autant de chances de vie que de mort, il faut choisir immédiatement la mort. Il n’y a rien de difficile ; il faut simplement s’armer de courage et agir ».[6]

 

En tous cas, tel qu’il est souligné par Katryn Sparling à l’avant-propos de la traduction américaine du livre de Mishima Le japon moderne et l’éthique samouraï, le Hagakuré, bien entendu, ne traite pas seulement de la mort. Si la mort reste son thème central, il met également l’accent sur l’action, la subjectivité, la force du caractère, la passion et l’amour, essentiellement homosexuel. Il se délecte, en outre, à nous fournir de nombreux exemples des conseils pratiques et quotidiens que dispense Jocho[7].

 

Et dans ce sens, le coup de génie de Mishima est d’appliquer à la société moderne l’impitoyable réquisitoire que l’éthique samouraï dresse contre la société dans laquelle le Hagakuré fut écrit. Mishima dénonce l’atomisation de la société moderne et l’impossibilité de la communication spirituelle ou affective entre les êtres. Le désespoir de la solitude se conjugue à l’exaltation de l’autonomie de l’individu.

 

Mishima s’est donné la mort à lui-même, pour une cause dont il savait qu’il ne la ferait avancer en rien, au nom d’un empereur qui ne s’intéressait pas à lui.

 

Dans le Hagakuré il y a assez de passages où on dit que les hommes perdent leur virilité et ressemblent de plus en plus aux femmes[8].

 

Une autre pensée qui est présent tout au long du livre est qu’il est important s’entretenir avec autrui[9].

 

En plus, un samouraï doit s’entraîner toute sa vie. Il doit connaître ses faiblesses et passer sa vie à les corriger sans jamais avoir le sentiment d’en faire suffisamment. Il ne doit naturellement jamais être trop confiant mais il ne doit non plus se sentir inférieur[10].

 

Il faut aussi se préparer pour les moments importants, notamment celui-ci de la mort. Sans une préparation quotidienne, quand survient une crise délicate, on sera incapable de prendre une décision rapide, ce qui risque d’avoir des conséquences désastreuses[11]. Par exemple, il existe de que l’on appelle « l’attitude pendant l’orage ». Quand on est pris sous une averse soudaine, on peut, soit courir le plus vite possible, soit s’élancer pour s’abriter sous les avancées des toits des maisons qui bordent le chemin. De toutes façons, on sera mouillé. Si on se préparait auparavant mentalement, à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie. On peut appliquer ce principe avec profit dans toutes les situations[12].

 

Ici on peut voir un clin d’œil au stoïcisme grec.

 

En tous cas, il faut se préparer, ainsi peut-être on pourra se décider en l’espace de sept souffles, parce qu’il est extrêmement difficile de prendre des décisions en état d’agitation. Il faut considérer les problèmes avec calme et détermination[13].

 

Ce qui compte beaucoup pour un Samouraï est l’honneur. Éviter le déshonneur est un fait distinct de la victoire ou de la défaite ; pour éviter le déshonneur il lui faudra peut-être en effet mourir.

 

Le samouraï valeureux ne pense pas en terme de victoire ou de défaite, il combat fanatiquement jusqu’à la mort. C’est seulement ainsi qu’il réalise sa destinée[14].

 

En tous cas, il ne doit pas négliger le soin personnel. On peut être appelé à tout moment à livrer une dure bataille ; si on y trouve la mort en ayant négligé les soins personnels, on fait preuve d’un relâchement général des bonnes habitudes et on s’expose au mépris et au dédain de l’adversaire[15].

 

Même si le Hagakuré on accorde bien d’importance au autrui, « pour certaines choses, il vaut mieux ne pas devoir compter sur autrui »[16]. Cet aspect individualiste est peut-être proche de l’interprétation que Mishima a fait du livre de Yamamoto.

 

Un autre aspect important c’est la parole d’un Samouraï. La parole d’un Samouraï est plus ferme que le métal[17]. Même au risque de sa propre mort, il faut garder la parole. C’est en rapport avec la loyauté. C’est pour ça qu’il est important aussi le silence.

 

La première parole prononcée par un samouraï, en quelque circonstance que ce soit, est extrêmement importante. Il révèle par cette seule parole toute sa valeur[18]. Il doit éviter de se plaindre. En tous cas, tel qu’il sera souligné par Mishima, dans le Hagakuré, la sincérité est l’exigence essentielle des rapports entre les hommes[19].

 

Les paroles, comme les actes, modifient l’esprit. On ne doit pas échapper, même dans la conversation courante, un mot qui exprime la peur. Des mots, la peur gagne le cœur même et être considéré comme un lâche par les autres, c’est la même chose que d’être un lâche[20].

 

C’es aussi important que le samouraï se dirige fréquemment à la troupe, comme un géneral[21].

 

Il est mal de médire, il n’est pas mieux de louer autrui à tout propos. Un samouraï doit connaître son envergure, observer la discipline sans se laisser distraire et parler le moins possible[22].

 

La meilleur attitude à avoir à l’égard de la parole, c’est de n’en pas user. Si vous pensez pouvoir vous passer d’elle, ne parlez pas. Ce qui doit être dit devrait toujours être dit aussi succinctement, logiquement et clairement que possible. Un nombre surprenant de gens se ridiculisent en parlant sans réfléchir et se déconsidèrent d’autant[23].

 

Être rônin (comme une vague dans la mer), c’est-à-dire, un samouraï sans seigneur, n’est pas si terrible. Comme les désastres sont rarement aussi terribles qu’on les a imaginés, il est totalement ridicule de se lamenter sans cesse et à l’avance. Mieux vaut se préparer dès le début à l’idée que le destin final du samouraï au service d’un seigneur est de devenir rônin ou de faire Seppuku[24].

 

L’important pour un samouraï c’est ne pas perdre le contrôle de lui-même si par malheur il est réduit à l’état de rônin ou s’il se trouve confronté à un envers de fortune du même ordre. « Si vous n’avez pas été rônin sept fois, vous ne pourrez revendiquer le titre véritable de Samouraï. Trébuches et tombez sept fois, mais relevez-vous à la huitième »[25].

 

Même on pourrait faire allusion ici à une autre pensée du Hagakuré : on ne peut accorder sa confiance à celui qui n’a jamais commis d’erreurs[26].

 

Mais le rônin ne doit pas devenir mendiant jamais : c’est mieux se trancher l’estomac sur le champ qu’errer en exposant l’honte[27].

 

 

 

Quand survient le malheur, le samouraï doit s’en réjouir et saisir la chance qui lui est ainsi offerte de mettre à profit son énergie et son courage[28]. Ainsi, être malade donne l’opportunité de connaître qui est un vrai ami : « si vous désirez sonder le cœur d’un ami, tombez malade »[29].

 

Le samouraï a la passion de la mort, ce qui est fort éloigné de la façon d’agir d’un homme poltron, qui ne cesse de calculer[30]. Le samouraï est un fanatique, non un calculateur. Quand on ne peut pas décider entre vivre ou mourir, alors mieux vaut mourir[31].

 

Le samouraï a force de caractère et détermination. Cela est très important passée la quarantaine. On peut « se calmer » à la cinquantaine[32].

 

La vieillesse arrive lorsque l’on se borne à faire les choses auxquelles on est enclin. Tant que la vigueur persiste, on peut aller à l’encontre de ce penchant ; quand elle faiblit les réelles tendances naturelles apparaissent et nous embarrassent[33].

 

Mais on peut penser que dans le Hagakuré il y a quelques pensées qui sont un peu opposés. Parce que plus tard, il dit que la vie humaine ne dure qu’un instant, et il faut avoir de la force de la vivre en faisant ce qui nous plait le plus. Dans ce monde fugace comme un rêve, vivre dans la souffrance en ne faisant que des choses déplaisantes est pure folie. Mais ce principe, mal interprété, peut toutefois être nuisible, et c’est pour ça que Yamamoto a décidé de ne pas l’enseigner aux jeunes gens[34].

 

Peut-être l’explication pour cette opposition (« aller à l’encontre des choses aux quelles on est enclin » versus « faire ce qui nous plait le plus ») a son raison si Yamamoto se dirige d’un côté aux jeunes (c’est mieux de passer des pénalités à la jeunesse : il est bon d’aborder les difficultés dans sa jeunesse car celui qui n’a jamais souffert n’a pas pleinement trempé son caractère[35]) ou aux personnes âgés (en principe, ils se trouvent dans un état plus commode).

 

Parce que même si le samouraï est un fanatique passionné par la mort, sont orgueil est parfois caché. Son sabre n’est pas toujours tiré. Il y a des sortes d’orgueil, et peut être il y a aussi de différentes manières d’agir selon les circonstances (par exemple, l’âge ou l’enclin du samouraï).

 

Ainsi : Quelqu’un a dit un jour : « Il y a deux sortes d’orgueil, l’orgueil interne et l’orgueil externe. Un Samouraï qui ne possède pas les deux est d’une utilité douteuse ». L’orgueil peut être comparé à la lame d’un sabre. Elle doit être aiguisée puis réintroduite dans le fourreau. De temps en temps, elle en est tirée, brandie, puis nettoyé pour être remise dans le fourreau. Si le sabre d’un Samouraï est toujours tiré, s’il est tout le temps levé, les gens le craindront et il aura de la peine à se faire des amis. Si au contraire, il ne sort jamais de son fourreau, la lame se ternira et se couvrira de rouille et les gens ne craindront plus celui qui le porte »[36].

 

Ce qui est important est de ne pas s’écarter de la voie du samouraï. C’est plus important ça que s’en sortir de son rang. Donc, un serviteur de cuisine peut même tuer un samouraï s’il s’est écarté de la voie[37].

 

En tous cas, un homme qui est sorti du rang n’a pu le faire que parce qu’il possédait plus d’habileté et de mérite que tous ceux qui sont initialement placés à un échelon élevé[38].

 

On peut maintenant se plonger un peu sur l’interprétation faite par Mishima du Hagakuré.

 

Il trouve que le Hagakuré a un destin paradoxal. Pendant la guerre, était comme un objet luminescent exposé au grand jour ; or, c’est dans les ténèbres les plus noires que le Hagakuré jette son éclat véritable[39].

 

Cette vision est due à l’importance que ce livre continue à avoir pour Mishima aussi après la guerre, quand le livre de Yamamoto fut très reconnu pour appuyer le courage des soldats.

 

Un point que je voudrais souligner de Mishima est qu’il fait attention à la féminisation du mâle japonais[40].

 

Un autre, il fait attention à l’importance qu’on donne dans la société à la technique. On idolâtre les techniciens[41].

 

Et un samouraï n’est pas expert dans un art particulier, selon Yamamoto. Cette idée est similaire à celle du cuisinier Ding sur l’art de découper les bœufs : « Ce que je recherche le plus, c’est le Dao, ayant laissé derrière moi la simple technique ».

 

En ce qui concerne l’amour, pour un samouraï l’amour idéal ne se déclare pas. L’idéal est l’amour secret. Celui-ci est un aspect souligné dans le livre de Mishima, et non dans la traduction du Hagakuré que nous sommes en train de commenter, parce que le Hagakuré est composé de XI volumes[42], mais la traduction précitée n’est pas si complète.

 

En tous cas, on peut lire avec Mishima : l’amour des hommes et l’amour des femmes sont deux voies évidemment inconciliables entre lesquelles il faut choisir. Mais si tu es épris d’un homme, tu n’en concentreras pas moins ton énergie sur la voie du guerrier. L’amour homosexuel s’accorde ainsi fort bien avec la voie du guerrier[43].

 

Selon Mishima, l’amour est aujourd’hui devenu une idylle de pygmées[44].

 

Selon la lecture de Mishima, on peut trouver trois philosophies dans le Hagakuré :

a) une philosophie de l’action, laquelle a pour valeur essentielle la subjectivité (dans ce sens, le propos essentiel du Hagakuré serait de dégager un certain nombre de traits permanents de la condition humaine qui puissent servir de repères pour établir des principes de vie ;

b) une philosophie de l’amour : il n’existe rien qui ressemble à l’amour de la patrie ; la mentalité japonaise élémentaire confond eros et agapè. L’amour pour une femme ou pour un jeune homme, s’il est pur et chaste, ne diffère en rien de la loyauté et du dévouement dus au seigneur ;

c) une philosophie de la vie : le Hagakuré n’est pas un système logique cohérent et rigoureusement structuré. Il y a une abondance en incohérences et en contradictions. En tous cas, l’œuvre manifeste une philosophie qui tient la vie et la mort pour les deux faces d’une même réalité. L’un des principes de vie qui est très important c’est l’éloge de l’énergie, tel qu’il est bien souligné par Mishima. C’est une philosophie de l’excès : « pousser aux extrêmes est un tremplin spirituel précieux »[45]. Une autre est la tolérance : « par comparaison avec la moralité arbitraire et répressive du confucianisme japonais, le Hagakuré soutient d’emblée une position libérale et tolérante ; prônant la spontanéité dans l’action et l’audace dans la décision, la philosophie du Hagakuré est aux antipodes de la morale bureaucratique de la frugalité, bonne pour les vieilles servantes du palais qui inspectent les recoins du coffre laqué à la recherche d’un dernier grain du riz »[46].

 

Mais en tous cas, bien qu’il défende une philosophie dynamique de l’action, Jocho (c’est comme ça, on peut dire familièrement, que Mishima appelle à Yamamoto), laisse toujours dans le doute le caractère moral de la conduite en question. La pureté de l’action, c’est la pureté de la subjectivité. Mais pour pouvoir fonder l’action sur des principes moraux, il faut être en mesure de soumettre à un critère la pureté de ces principes, c’est-à-dire à un critère objectif[47].

 

C’est pour ça qu’il faut s’entretenir avec d’autres personnes : dans ce caractère relatif de la rectitude morale, le Hagakuré pressent la doctrine politique de la démocratie, selon le Mishima.

 

Une autre trait de la morale du samouraï serait être une morale des apparences, parce qu’un guerrier n’oublie pas un instant ses ennemis (même Ruth Benedict définit la morale japonaise comme une « morale de la honte »)[48]. L’important pour le samouraï est de ne pas manifester extérieurement son amertume ou sa lassitude.

 

En ce sens, il est important aussi tenir compte de l’importance des cosmétiques. Les hommes doivent avoir un teint de fleur de cerisier, même dans la mort. Ainsi, pour se préparer au suicide rituel, il était d’usage de s’appliquer du rouge sur les joues afin de ne pas perdre, une fois mort, les couleurs de la vie[49]. Tout comme les Grecs de l’Antiquité associaient l’esthétique et l’étique, la morale selon le Hagakuré est déterminée par l’esthétique[50].

 

Pour finir, on peut faire attention à une autre œuvre. Le Gorin no Sho, de Miyamoto Musashi. Dans cette ouvrage, qui selon Shibata[51] serait la fleur du Bushido (le Gorin no Sho serait l’idéal d’un samouraï : être supérieurs en tout à son adversaire), c’est important l’idée du rythme : aux arts et à la vie, le plus important est de capter le rythme, et le pire est de rester rigide, ce qui est propre d’une main morte. La même pensée serait dans le Hagakuré : les sages ont le cœur sans préoccupations, et ils ne sont jamais pressés.

 

 

Une différence entre les deux œuvres est que dans le Gorin no Sho il n’y a pas des superstitions, mais oui dans le Hagakuré.

 

Une autre : le Hagakuré est une philosophie de la mort, et le Gorin no Sho, ne dit rien autour de la mort[52].

 

Et pour finir, on peut faire une référence aux kamikaze (littéralement, vent divin, typhons providentiels qui, en automne 1274 et 1281, détruisirent les flottes coréano-mongoles sur les côtes du nord du Kyûshû et ainsi sauvèrent le japon d’une invasion imminente).

 

Ainsi, à une revue de l’époque de la guerre[53], on dit : « au cours des hostilités actuelles, l’esprit du Bushido a eu maintes fois l’occasion de s’exercer », et on donne des exemples sur exploits d’aviateurs,  et des autres exemples de l’esprit Bushido.

 

Par exemple : le 22 septembre, deux membres de la presse japonaise, visitant le quartier général d’un détachement sur le front de Shanghaï, furent très surpris de trouver le commandant agenouillé devant deux tombes creusées par le Japonais pour les soldats chinois. Deux mâts portaient l’inscription suivante : « Tombe des soldats inconnus de la République de Chine ». Des fleurs jonchaient le sol et la troupe rendait les honneurs. Lorsque la cérémonie fut terminée, le commandant expliqua : « Les soldats chinois furent nos adversaires, mais, après la mort, ils ne sont plus nos ennemis. C’est notre esprit Bushido »[54].

 

Peut-être ces témoignages font partie de la propagande du moment, mais en tous cas, illustrent l’importance que le Bushido eut à l’époque, importance que Mishima voulut revivre mais qui a été peu à peu laissé de côté à l’heure actuelle.

 

Mais le Hagakuré continue à inspirer la pensée philosophique et même il a inspiré un film qui a joui assez de succès : Ghost Dog (un film américain de Jim Jarmusch sorti en 1999).

 

Pour finir, on peut revenir au Hagakuré : « Si on devait résumer en peu de mots la condition du Samouraï, je dirais qu’elle est en premier lieu la dévotion corps et âme à un maître. En deuxième lieu, je dirais qu’il lui faut cultiver l’intelligence, la compassion et le courage. La possession de ces trois vertus réunies peut sembler impossible à l’être ordinaire mais elle est aisée. L’intelligence n’est rien de plus que de savoir s’entretenir de choses et d’autres avec autrui, avec en retour l’acquisition d’une sagesse infinie. La compassion consiste à agir pour le bien d’autrui en se comparant à lui et en le mettant à l’honneur. Le courage c’est savoir serrer les dents »[55].

 

 


[1] M. MOURRE, Dictionnaire Encyclopédique d’Histoire, A.B, Bordas, Paris, 1978, p. 693

[2] D. ET V. ELISSEEFF, La civilisation japonaise, Paris, Arthaud, 1974, p. 526.

[3] L. FRÉDERIC, Le Japon. Dictionnaire et civilisation. Editions Robert Laffont, Paris, 1996, p. 112.

[4] J. YAMAMOTO, Hagakuré, le libre secret des Samouraïs, Guy Trédaniel Éditeur, Paris, 1999, p. 3.

[5] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 76.

[6] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 9.

[7] Y. MISHIMA, Le Japon moderne et l’éthique samouraï, Arcades Gallimard, 1985, p. 11.

[8] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 17.

[9] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 19.

[10] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 21.

[11] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 22.

[12] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 35.

[13] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 42.

[14] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 25.

[15] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 25.

[16] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 32.

[17] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 35.

[18] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 45.

[19] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 65.

[20] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 70.

[21] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 71.

[22] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 69.

[23] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 75.

[24] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 37.

[25] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 43.

[26] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 23.

[27] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 91.

[28] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 40.

[29] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 36.

[30] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 38.

[31] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 39.

[32] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 48.

[33] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 49.

[34] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 66.

[35] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 61.

[36] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 70.

[37] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 77.

[38] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 68.

[39] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 15.

[40] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 25.

[41] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 28.

[42] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 38.

[43] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 128.

[44] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 77.

[45] Y. MISHIMA, Ibíd., p. 62.

[46] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 53.

[47] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 55.

[48] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 61.

[49] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 81.

[50] Y. MISHIMA, Ibíd, p. 82.

[51] M. MUSASHI, Tratado de las cinco ruedas (Gorin no Sho), Padma, Palma de Mallorca, 2008, p. 42.

[52] M. MUSASHI, Ibid, p. 49.

[53] “Efflorescence du Bushido”, Faits et Nouvelles d’Extrême-Orient nº 13, Editions G. Leens, Verviers, p. 2.

[54] Ibid., p. 4.

[55] J. YAMAMOTO, Ibíd., p. 55.

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